Immersion dans le quotidien des médecins assistant-es internistes
Dans un environnement hospitalier en constante accélération, améliorer les conditions de travail des médecins assistant-es constitue un enjeu majeur pour la qualité des soins et l’attractivité des carrières médicales. Une étude menée dans le Service de médecine interne du CHUV entre 2015 et 2018 apporte un message nuancé et instructif : des réformes organisationnelles ciblées peuvent améliorer l'équilibre de travail des médecins assistant-es, sans pour autant suffire à réduire la charge administrative.
Des réformes issues d’une analyse fine du terrain
En 2015, une équipe de recherche du CHUV a commencé par observer en détail le quotidien des médecins assistant-es au Service de médecine interne. Elle a mis en évidence que près de la moitié de leur journée était consacrée à des activités indirectement liées au patient, avec de nombreux changements de tâches et un temps limité auprès des patient-es.
Sur cette base, plusieurs mesures ont été introduites : renforcement du secrétariat médical, adaptation du planning hebdomadaire, colloque décisionnel interprofessionnel chaque matin, report de certaines activités non cliniques l’après-midi et davantage de temps de préparation avant les visites médicales.
Des journées moins longues et des horaires mieux contrôlés
Trois ans plus tard, après la mise en œuvre de ces réformes, l’équipe de recherche a procédé à une nouvelle observation. Les résultats, publiés dans Swiss Medical Weekly par la Dre Vanessa Kraege, vice-directrice médicale du CHUV, et le Dr Antoine Garnier, aujourd’hui médecin chef adjoint au Service de médecine interne de l’HFR, sont contrastés : si la durée des journées a globalement diminué, la charge administrative a quant à elle augmenté, sous l'effet de pressions systémiques que les réformes locales n'ont pas suffi à contrebalancer. En 2018, les médecins assistants terminent plus souvent à l’horaire prévu et disposent de davantage de temps de récupération (pauses et repas) au cours de la journée (de 32 minutes en 2015 à 63 minutes en 2018). Cette réduction du temps de travail représente un progrès concret pour le bien‑être et la sécurité au travail.
L’étude comparative « avant/après », qui reflète au total l’activité de 75 médecins assistant-es observé-es durant 142 journées de travail, montre également une amélioration significative de l’adéquation entre l’organisation de la semaine et les activités réellement effectuées. Les journées ne sont pas nécessairement plus structurées, mais plus prévisibles et plus soutenables. Cette stabilité accrue est un facteur essentiel pour la qualité des soins et pour la formation médicale postgraduée.
Une charge administrative toujours bien présente
En revanche, la charge administrative n’a pas diminué. Le temps consacré à ces tâches est même passé de 92 à 139 minutes par jour. Les changements de tâches fréquents ont également augmenté, traduisant un travail toujours très fragmenté.
Pour les auteurs, ces résultats s’expliquent en partie par l’évolution du contexte hospitalier : entre 2015 et 2018, les admissions hebdomadaires ont fortement augmenté (+52%), tandis que la durée moyenne de séjour a été presque divisée par deux (15,5 à 8,5 jours). Les médecins assistant-es devaient donc gérer davantage d’entrées et de sorties de patient-es, avec une coordination administrative plus intense.
Poursuivre les efforts à l’échelle institutionnelle et donner du sens
Bien que le contexte ait évolué depuis la réalisation de cette étude, ses résultats mettent en lumière une constante : le caractère profondément multifactoriel des pressions qui s’exercent sur l’organisation hospitalière, ainsi que la nécessité de placer l’identité et le sens de la profession au cœur des décisions stratégiques.
Ces enseignements peuvent inspirer d'autres services et hôpitaux confrontés aux mêmes pressions, et contribuer à une évolution durable des conditions de travail – au bénéfice des médecins comme des patient-es.
