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Le Centre des sarcomes : dix ans de collaboration pour mieux soigner

Publié par Cachafeiro Marie-Therese

Créé en 2016, le Centre des sarcomes célèbre ses 10 ans. Retour sur une décennie marquée par les progrès diagnostiques et thérapeutiques, le travail multidisciplinaire et une ambition intacte : offrir une prise en charge d’excellence.

« Chaque patient·e bénéficie de l’expertise de toute une équipe »

Les sarcomes sont des cancers rares qui nécessitent une expertise spécifique et une prise en charge coordonnée.

 

À l’occasion du 10è anniversaire du Centre des sarcomes du CHUV, nous avons demandé à ses experts de revenir, à travers dix questions, sur les avancées qui ont marqué cette première décennie, les défis relevés au fil des années et les perspectives qui se dessinent pour l’avenir.

 

La Dre Antonia Digklia, Répondante médicale du Centre des sarcomes du CHUV et responsable de la consultation des sarcomes d’oncologie médicale, et le Dr Stéphane Cherix, membre fondateur du Centre et chirurgien référent pour la prise en charge orthopédique, partagent leur regard sur dix années d’expertise, d’innovation et de collaboration au service des patient-es.

À l’occasion des 10 ans du Centre des sarcomes, quelles avancées majeures ont marqué la prise en charge des patient·es ces dernières années, tant sur le plan diagnostique que thérapeutique ?

Pour la Dre A. Digklia, les progrès les plus significatifs concernent avant tout le diagnostic. Les nouvelles technologies, notamment le séquençage tumoral et les panels de fusion, permettent aujourd’hui de mieux caractériser les différentes formes de sarcomes et d’identifier avec davantage de précision leurs particularités biologiques.

 

« Nous connaissons beaucoup mieux les caractéristiques biologiques de ces tumeurs. Cela nous permet d’établir un diagnostic plus précis et d’adapter davantage les traitements à chaque patient-e », souligne la Dre A. Digklia.

 

Cette meilleure compréhension des tumeurs a profondément transformé la prise en charge thérapeutique. Si la chimiothérapie conserve une place importante, les approches se sont considérablement diversifiées. Certain·es patient·es peuvent désormais bénéficier de thérapies ciblées ou d’immunothérapies adaptées aux caractéristiques moléculaires spécifiques de leur tumeur. La personnalisation des traitements constitue aujourd’hui l’une des évolutions majeures dans la prise en charge des sarcomes.

 

« Nous pouvons aujourd’hui proposer des traitements beaucoup plus personnalisés, basés sur un diagnostic précis et sur les caractéristiques propres à chaque sarcome », précise la Dre A. Digklia.

 

Du côté chirurgical, le Dr S. Cherix met en avant les avancées technologiques qui ont transformé les interventions. Les nouvelles techniques de résection permettent aujourd’hui une plus grande précision chirurgicale, tandis que le développement d’implants sur mesure améliore les possibilités de reconstruction après l’ablation des tumeurs.

Le Centre repose sur une approche multidisciplinaire. Concrètement, comment la collaboration entre spécialistes améliore-t-elle les décisions cliniques et le parcours des patient·es ?

La prise en charge des sarcomes fait intervenir de nombreux-ses spécialistes : oncologues, chirurgien-nes, radiologues, pathologistes, radio-oncologues, médecins nucléaristes, infirmier-ères clinicien-es spécialisé-es et professionnel-les des soins de support.

 

Chaque dossier est discuté lors d’un « tumor board » multidisciplinaire, où l’ensemble des expertises est mis en commun afin de définir la stratégie thérapeutique la plus adaptée.

 

« Ce n’est pas un one-man show, c’est un véritable travail d’équipe. Chaque spécialiste apporte son regard afin de construire le meilleur parcours thérapeutique possible pour chaque patient·e », explique la Dre A. Digklia.

 

Cette collaboration permet non seulement d’optimiser les traitements, mais aussi de coordonner leur enchaînement dans le temps, un élément essentiel pour ces pathologies qui nécessitent souvent plusieurs modalités thérapeutiques. L’objectif est de construire, pour chaque patient·e, un parcours thérapeutique le plus adapté à sa situation.

En quoi la prise en charge dans un centre spécialisé fait-elle une différence pour les patient·es atteint-es de sarcomes ?

Les sarcomes représentent moins de 1 % de l’ensemble des cancers chez les adultes. Leur rareté rend l’expérience clinique particulièrement précieuse.

 

Au Centre des sarcomes, les équipes prennent en charge un grand nombre de situations complexes. Cette activité leur permet de développer une expertise spécifique, difficilement acquise en dehors d’un centre d’expertise en raison de la rareté des sarcomes. Cette expérience collective bénéficie directement aux patient-es.

 

Selon la Dre A. Digklia, le fait de réunir régulièrement les spécialistes autour des mêmes situations cliniques permet également un enrichissement mutuel continu : chacun-e apprend des autres et l’ensemble de l’équipe renforce sa compréhension de ces maladies rares. Ces discussions sont également alimentées par les dernières avancées scientifiques dans le domaine acquises lors des congrès annuels.

 

Pour les patient-es, cela se traduit par une prise en charge réalisée par des professionnel-les qui voient et traitent ces maladies rares régulièrement, ce qui contribue à définir plus rapidement la stratégie thérapeutique la plus appropriée et à optimiser l’ensemble du parcours de soins.

Pouvez-vous nous expliquer le rôle de l’infirmier-ère clinicien-ne spécialisé-e au sein du Centre des sarcomes et la manière dont il-elle contribue à la qualité de la prise en charge des patient-es ?

Au cœur du parcours de soins, l'infirmier-ère clinicien-ne spécialisé-e joue un rôle transversal essentiel de coordination et d’accompagnement.

 

Intervenant auprès de patient-es suivi-es dans plusieurs services, il ou elle veille à la continuité des informations, facilite les échanges entre les différent-es professionnel-les et constitue souvent le premier point de contact pour les patient-es et leurs proches.

 

Pour le Dr S. Cherix, l'infirmier-ère clinicien-ne spécialisé-e représente un interlocuteur privilégié capable d’orienter rapidement les patient-es vers les bonnes ressources. La Dre A. Digklia décrit l'infirmier-ère clinicien-ne spécialisé-e comme « un véritable pilier du Centre », garant-e de la qualité et de la continuité des soins.

Au-delà des traitements médicaux, quels accompagnements et soins de support sont proposés aux patient·es tout au long de leur parcours de soins ?

La prise en charge des sarcomes ne se limite pas aux traitements oncologiques ou chirurgicaux. Le Centre s’appuie sur un vaste réseau de soins de support afin de répondre aux besoins physiques, psychologiques et sociaux des patient-es et de leurs proches.

 

Parmi les ressources proposées figurent notamment le soutien psychologique, l’accompagnement social, les consultations de diététique, l’oncogénétique, la préservation de la fertilité, les conseils pharmaceutiques ou encore certaines approches complémentaires telles que l’hypnose. Le Centre se montre également attentif aux attentes des patient-es concernant les thérapies complémentaires et veille à les intégrer, lorsqu’elles sont compatibles avec la prise en charge médicale.

 

Pour les patient-es nécessitant une chirurgie complexe, des spécialistes en médecine physique et réadaptation interviennent également très tôt afin de préparer au mieux la rééducation et le retour à l’autonomie.

 

Le Centre travaille aussi avec le Service de médiation du CHUV, qui peut intervenir lorsque des incompréhensions ou des difficultés surviennent dans le parcours de soins.

Comment le Centre intègre-t-il une approche globale et holistique dans la prise en charge des patient·es et de leurs proches ?

L’approche du Centre vise à prendre en compte la personne dans sa globalité. Les équipes accordent une place importante au dialogue et à l’écoute des besoins individuels.

 

Les préférences, les préoccupations personnelles et les attentes de chaque patient-e et de leurs proches sont intégrées à la réflexion thérapeutique afin de construire une prise en charge adaptée à chaque situation.

 

« Notre objectif est d’intégrer les besoins et les choix des patient-es dans leur parcours de soins, tout en garantissant la meilleure prise en charge médicale possible », Dre A. Digklia

 

Cette approche est facilitée par l’environnement universitaire du CHUV, qui permet de mobiliser rapidement un large éventail de spécialistes et de ressources.

Quels sont les principaux défis à relever pour les prochaines années dans le domaine des sarcomes ?

Pour les deux spécialistes, l’un des enjeux majeurs consiste à faire connaître davantage les sarcomes et l’importance d’une prise en charge spécialisée.

 

L’objectif est que chaque patient-e suspecté-e d’être atteint-e d’un sarcome puisse être orienté-e rapidement vers une équipe experte.

 

Le maintien d’un haut niveau d’expertise, la formation de la relève médico-soignante et l’accès continu aux traitements innovants grâce à la recherche clinique figurent parmi les priorités du Centre. Dans cette dynamique, le Dr S. Cherix souligne l’importance de préparer l’avenir en poursuivant le développement des compétences, de la recherche et des collaborations, afin que le Centre reste à la pointe de son domaine et soit prêt à répondre aux futures évolutions.

Quelle place occupent la recherche et l’innovation au sein du Centre des sarcomes ?

La recherche constitue l’un des piliers du Centre. Elle permet non seulement d’améliorer les connaissances sur ces cancers rares, mais aussi d’offrir aux patient-es un accès à des traitements innovants dans le cadre d’études cliniques.

 

Les équipes développent notamment des projets de recherche sur les immunothérapies personnalisées, aussi bien au stade préclinique que clinique. Pour la Dre A. Digklia, cette activité de recherche fait partie intégrante de la mission du Centre : elle contribue à faire progresser les connaissances, tout en permettant aux patient·es de bénéficier d’approches thérapeutiques novatrices.

 

« Notre engagement est de poursuivre l’innovation et de continuer à offrir aux patient·es l’accès aux traitements les plus récents lorsque cela est possible. »
Dre A. Digklia

Quelles sont les perspectives et ambitions du Centre pour les 10 années à venir ?

Le Centre entend poursuivre son développement autour de trois axes majeurs : l’excellence clinique, la recherche et les collaborations internationales.

 

Les équipes souhaitent renforcer leurs partenariats avec d’autres centres d’expertise à travers le monde, développer des projets de recherche innovants, notamment dans le domaine des immunothérapies personnalisées, et continuer à offrir aux patient-es un accès aux traitements les plus récents.

 

La formation des futures générations de spécialistes restera également au cœur de la mission du Centre.

 

Enfin, la visibilité et l’accessibilité du Centre constituent des priorités fortes.

 

« Dès la suspicion d’un sarcome, nous voulons que les professionnel-les de santé sachent qu’ils peuvent s’appuyer sur notre expertise afin d’assurer la meilleure prise en charge possible », rappelle le Dr S. Cherix. 

Dix ans d’histoire, bien plus de trente ans d’expertise… Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

Si le Centre des sarcomes a été officiellement créé en 2016, la prise en charge multidisciplinaire des sarcomes au CHUV remonte aux années 90.

La création du Centre a permis de formaliser cette organisation pionnière, d’y intégrer une démarche qualité structurée, de développer la recherche et de constituer des bases de données dédiées.

Comme le souligne le Dr S. Cherix, la prise en charge multidisciplinaire des sarcomes n’a pas débuté avec la création du Centre : celui-ci a surtout permis de structurer, renforcer et valoriser une expertise déjà présente depuis plusieurs décennies au CHUV.

Dix ans après sa création officielle, le Centre poursuit ainsi une dynamique initiée bien avant 2016 : rassembler les expertises, innover et placer les patient-es au cœur de chaque décision.

 

Le Centre des sarcomes remercie toutes les personnes qui contribuent, de près ou de loin, à son rayonnement et à sa réussite. Nous adressons une reconnaissance toute particulière aux membres du comité pour leur engagement, leur expertise et leur précieuse implication : Mme Isabelle Bassi, Dr Fabio Becce, Mme Marlène Bürgi, Dr Stéphane Cherix, Dre Antonia Digklia, Mme Justine Gandillon, Mme Pauline Kéraron, Dr Rémy Kinj, Pr Thorsten Krueger, Dr Igor Letovanec, Dr David Martin, Dre Marie Nicod Lalonde, Pr Patrick Omoumi, Pr John Prior, Mme Céline Sahin, Dre Chiara Saglietti, Dre Georgia Tsoumakidou, Dr Gilles Udin, Dr Tobias Zingg.

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